Rouen, pains et merveilles

Benoit Eliot & DR

Par Stéphane Bréhier, le 18 mars 2026

Il n’y a peut-être pas autant de pâtissiers ni d’antiquaires que de clochers, mais Rouen est une ville décidément gourmande qui aime aussi regarder dans le rétro. Sans jamais, pour autant, pêcher par trop de nostalgie. On y goûte beaucoup, mais rassurez-vous, on y marche aussi beaucoup ! 

Je me souviens encore, des années, beaucoup d’années plus tard, du goût qu’avaient ces épaisses tranches de pain de campagne grillées et (largement) beurrées. Je me souviens encore de l’odeur, au fur et à mesure que l’on approchait de cette boulangerie de la rue des Bons-Enfants qui a malheureusement fermé. Pour moi, Rouen est définitivement associée au parfum et au goût du (bon) pain. Hasard ou pas, c’est à Rouen que s’est installé, en 1974, l’Institut national de la Boulangerie Pâtisserie, une école dont sont sortis quelques grands noms, dit-on, par lequel sont passés beaucoup de boulangers qui se sont frottés, avec succès, au concours de Meilleur Ouvrier de France. Hasard ou pas, j’ai rarement vu ville avec autant de boulangers et pâtissiers de talent ayant pignon sur rue. Ajoutez l’école Fauchon, le partenariat entre l’IFA Campus et l’école Ferrandi… Hasard ou pas, Rouen est la première ville de France, et la seule encore aujourd’hui, à avoir été reconnue par l’UNESCO comme « Ville créative », en matière de gastronomie. Une reconnaissance un peu surprenante : la gastronomie rouennaise, mis à part le canard à la Rouennaise, ou au sang, n’étant pas une gastronomie de recettes. Mais on peut parler ici de gastronomie de terroir ; et également de « merroir », comme aime à dire Bruno Bertheuil, professeur, écrivain et gastronome rouennais, tant les producteurs installés alentour font un travail remarquable. Ce qui permet une scène gastronomique plutôt dynamique ; même si la ville ne compte aujourd’hui qu’une seule table étoilée (Odas, par Olivier Da Silva et Suzanne Waymel).

Longtemps, très longtemps, Rouen deuxième ville de France au XVe siècle, a accueilli le premier port du pays ; c’est par lui que transitaient notamment les épices avant de gagner la capitale. Il est aujourd’hui encore le 1er port ouest européen exportateur de céréales. Partout, le nez en l’air, dans un hypercentre totalement piéton (c’est à Rouen qu’a été inaugurée l’une des toute premières rues piétonnes en France, en 1971), on découvre les traces d’un patrimoine d’une incroyable richesse. Des églises, certes (la « Ville aux cent clochers », selon Victor Hugo), des maisons à pans de bois (plus de 2000), des hôtels particuliers Renaissance, 17e, 18e, Directoire. Le nez en l’air et l’estomac sûrement pas dans les talons, on va se laisser porter, assez curieusement, sans jamais apercevoir celle qui a largement contribué à sa fortune et à son essor, la Seine, de tables en salons de thé, en passant par les pâtisseries ou marchés (marché Saint-Marc en tête of course, si on y est le week-end), on va se laisser convaincre, de la place du Vieux-Marché à l’Aître Saint-Maclou, en passant par la rue Damiette, puis de la place Saint-Marc à l’Esplanade Marcel Duchamp, en passant par les rues aux Juifs et Socrate. Je me laisse séduire, malgré ce parfum et ce gout d’un pain disparu jamais retrouvés.

 

Allez Hop au lit, chez Olesia & Blaise

La vibrante place du Vieux-Marché, une petite rue qui s’en échappe et file vers la rue des Bons-Enfants, un immeuble à pans de bois, une porte cochère, une cour où l’épicerie latino a installé quelques tables et sert margaritas, pisco sour et/ou empanadas bien dosés et au fond une porte. Montez les trois étages et entrez dans un cocon qui semble rendre hommage à la décoratrice et collectionneuse Madeleine Castaing, qui s’autorise des clins d’œil très appuyés au style Hollywood Regency, qui manie avec brio l’art des contrastes, avec malice les associations d’idées (…) Lire la suite

Allez Hop à table, chez Quentin Le Deunff

Avant d’être la rue qui accueille aujourd’hui quelques jolies tables, la rue Damiette est celle des antiquaires. Entre galeries chic et repères vintage, Quentin Le Deunff s’installe ici en 2019. Ambitieux, mais patient, il s’agrandit quelques années plus tard et ouvre un étage supplémentaire, doublant le nombre de places, puis en juin 2025, dans la même rue, un comptoir plus cool où l’accent est mis sur la cave est. Ambitieux, patient, mais aussi déterminé que discret, il a démarré, ils étaient deux, ils sont 11 aujourd’hui (…) Lire la suite

Allez Hop à table, chez Lynda Jumel

Autant le dire tout de suite, quand on parle de fusion en cuisine, on a plutôt envie de faire le dos rond, voire de tourner les talons. Ce serait une erreur que de snober cette table faite de sourires et d’amour pour 2 pays si éloignés, en tout cas sur le papier. Lynda Jumel est réunionnaise, aime la Normandie et fait chanter, avec un naturel presque déconcertant, deux identités culinaires. Les épices de la première, celles-là mêmes qui arrivaient autrefois ici par bateau et ont largement contribué à faire la fortune de la ville, viennent enrichir les produits d’un terroir d’une grande richesse (…) Lire la suite

Allez Hop à table chez Marie et Clément

Ce spot posé au pied de l’Église Saint-Maclou se présente comme une « cantine caféinée ». Nous n’y avons pas pris de café, mais avons été largement séduits par cette carte courte fleurant le fait parfaitement maison, accompagnée d’un très bon choix de vins nature. Délicieuse tartelette avocat, crevettes et agrumes et excellentes carottes rôties avec une sauce aigre juste comme il faut. Parfait pour un petit-déj tardif ou pour un déjeuner sur le pouce entre deux antiquaires.

3, place Barthélemy
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Allez Hop on craque, chez Dame Cake

Vous ressortez de la cathédrale prenez sur votre droite et juste droite. Dans l’ancien atelier du ferronnier d’art Ferdinand Marrou, un salon de thé parfaitement coquet. Il y a tout, le chintz, la porcelaine fleurie, les cloches en cristal pour protéger les cakes, au citron meringué ou à la pistache, le service affable, le chocolat chaud, à l’Ancienne ou d’Antan, les thés signés Mariage. Installez-vous de préférence au premier étage.

70, rue Saint-Romain
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Allez Hop on craque (encore), chez Maison Vatelier

Certains viennent de (très) loin pour la tarte au caramel, imaginée en 2006, à goûter absolument, d’autres aussi pour la brioche, Benoit Vatelier ayant gagné le Championnat de France de la Brioche en 1997. Si tout est parti de Quincampoix, un peu au Nord de Rouen, Maison Vatelier est aussi installé en cœur de ville, là même où se sont succédé des boulangers et pâtissiers de renom depuis 1902. Juste à côté, a été depuis installé un comptoir dédié aux pauses salées, Bouche bée.

78, rue des Carmes
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Aller Hop on craque (encore), chez Ma Boulangerie

Même s’il y a un peu de queues, allez-y. Christophe Cressent, MOF, travaille des céréales anciennes, des levains naturels, des farines bio et s’approvisionne en circuit court. Vous prenez sans hésiter, en plus d’éventuels pains (qui se gardent très bien), quelques Mirliton, une tartelette garnie d’un appareil se situant entre le flan et le financier. Très connu et réputé au 19e, il avait petit à petit disparu en 20e, jusqu’à ce qu’il soit remis à l’honneur, et avec brio, ici…

6, place du Vieux-Marché
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Allez Hop on craque (encore), chez Les Pâtisserie de Gill

Gill, pour Gilles Tournadre, véritable star à Rouen, le seul chef à avoir été récompensé ici de 2 étoiles ; jusqu’à ce qu’il les rende. À la table historique, ce fils du pays (son grand-père, puis son père avaient une pâtisserie à deux pas, place Saint-Marc) a au fil du temps ajouté d’autres lieux (dont certains ont depuis été vendus depuis). Cette pâtisserie, quasiment adossée à la très belle brasserie contemporaine Hamlet propose quelques grands classiques et travaille fort joliment la pomme. Quelques tables font terrasses pour les beaux jours.

178, rue Martainville
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Allez Hop on craque (encore), chez Fanny

Fanny et Côme, installés à Bihorel ont ouvert en octobre 2025 cette boutique de poche dans la rue Damiette, entre deux antiquaires. On y trouve des chocolats (ils sont chocolatiers), des gâteaux de voyages et quelques viennoiseries, mais aussi et surtout des gâteaux (ils sont pâtissiers) à partager. Jamais plus de trois ou quatre différents chaque fin de semaine. Un conseil : consultez le calendrier online et commandez.

46, rue Damiette
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Allez Hop on craque (encore), chez Fleurs Sucrées

Juste en face de ce salon de thé XXS, la statue de Flaubert. Claire Simon est passée par quelques grandes maisons (Cyril Lignac, Angélina, Lutétia) avant de quitter la capitale et de revenir à Rouen et de se lancer, en septembre 2025. Son truc ? Les fleurs comestibles (sourcées chez un producteur quasi voisin, à Fécamp. Charmante terrasse pour les beaux jours.

28, place des Carmes
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Allez Hop on craque (encore), chez Kubo

Ne vous laissez pas rebuter par cette avenue sans âme (il en faut dans toutes les villes) et poussez la porte de cette pâtisserie aux allures de coffee shop. Helen Deguen vient du monde de la parfumerie, a des origines japonaises, s’est lancée dans la pâtisserie sur le tard et a fondé Kubo à Paris, où elle est restée cinq ans avant de finalement revenir à Rouen et d’y proposer son univers fort singulier et parfaitement balancé.

47, rue de la République
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Allez Hop on shoppe

Faire la tournée des antiquaires, évidemment. Rouen n’est pas Bruxelles, mais le spot est tout de même fort réjouissant. Ils sont tous regroupés rue Damiette et autour, participent aux Puces rouennaises (en janvier), au RAR Weekend (pour Réunion des Antiquaires Rouennais, au printemps). Si la plupart affichent une forte appétence pour le 18e et le style (néo) classique, certains sont plus aventureux : Rebirth (54, rue Damiette, Instagram), la galerie Guillaume Fouquet (228, rue Martainville) ou Polar Decor (91 rue d’Amiens)

Allez Hop on exulte

On s’attend à voir quelques belles toiles impressionnistes au Musée des Beaux-Arts. On s’y attend, mais les voir là, ces Monet (il l’a peinte 28 fois, la cathédrale), Renoir, Sisley, Pissarro… presque là où ils ont été peints est assez émouvant. Mais on ne s’attend pas à tomber (littéralement) sur ici un Velasquez, là un Caravage ou là encore un Ingres. Quant aux Géricault, normal : il est né à Rouen, mais on l’ignorait.

Esplanade Marcel Duchamp
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Allez Hop on se renseigne

L’office du Tourisme de Rouen propose notamment un pass de 24h, 48h ou 72 h pour parcourir simplement tout le territoire et découvrir tous ses trésors.

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